RIVES  DE  L'  EURE  ET  GRAFFITI  ANCIENS              


                       

Gabare gravée sur l’église de MARCILLY sur EURE

Le mât est destiné au halage,

Les points représentent le cloutage du bardage.

                                                                                  ARCHIVES EN PLEIN VENT !         

        De la moitié du 15e siècle  jusqu'à environ la fin du 19e, un  nombre important de personnes  a éprouvé la nécessité de laisser des traces  indestructibles, en particulier sur les murs des églises  : " des graffiti ".

        Signes, dessins, noms, dates ; le procédé n’est certes pas nouveau, mais leur étude systématique pourra peut- être mettre cette fois en évidence un véritable " phénomène de société " resté dans l'ombre à ce jour.       

    Déjà, sur les murs de POMPEI  par exemple, a été utilisé un tel mode d'expression et peut être de tels signes inexpliqués ont-ils été laissés dans nos grottes ornées ou des sites semblables au mont BEGO.

       Des passionnés se sont intéressés au sujet, à VERNEUIL en HALLATE dans l’OISE une très importante collection a été rassemblée et présente : moulages, photos, dessins, provenant de toute l’EUROPE, le critère de sélection en a été principalement la qualité graphique.

       Au musée de MARSILLY, dans les Charentes, ( homonyme de MARCILLY / E )   près de LA ROCHELLE, là aussi, une importante collection  est offerte aux visiteurs et plusieurs publications essaient d’apporter quelques  éclaircissements, enfin  des initiatives privées tentent  d’attirer l’attention sue ce sujet : signalons, des expositions temporaires, dans la vallée du RHÔNE ; la vallée de la Seine, (  Le thème retenu étant les navires de haute mer )  dans le Calvados, en val de Loire, à FONTEVRAULT, etc.

               L’ETUDE des " GRAFFITI " :" Faire parler les murs ".

       C’est une source d’informations peu utilisée par  les historiens, l’intérêt pour ce type de petit patrimoine est récent, les élus, pour beaucoup ne sont pas sensibilisés pour leur conservation et bien des ravalements, toutefois nécessaires, les font disparaître.     

       L’étude du " graffiti " fait apparaître un paradoxe, tout comme notre " tagueur "  des temps présents le "graffiteur "joue sur le clair et l’obscur. Le message doit être vu du monde entier tout en n’étant décodable que d’une seule personne, un petit nombre d’initiés, et peut être directement et seulement par le  CHRIST ou DIEU le père.

        En ce qui concerne notre étude, le message serait, nous le verrons, semble-t-il destiné soit à un saint, au saint esprit, à DIEU ? En tout cas la référence chrétienne est omniprésente.

     Alors que s’est-il passé ? Pourquoi ce phénomène est apparu, pourquoi après au moins quatre siècles d’existence s’est-il délité assez brutalement ? Quelles ont été les motivations, pourquoi l’attention des historiens n’a-t-elle pas été retenue ?

     C’est en faisant quelques recherches de gnomonique historique, la nécessité de faire des relevés puis d'essayer d’en faire l'analyse. La quantité de ces tracés, dessins, noms, dates etc. ; leur unité globale apparente, la qualité des  traces exploitables ont imposé cette idée de faire « parler les  murs » .

           LA MÉTHODE :

      Tout comme on l'a vu récemment pour la recherche d’A.D.N  ou de datation au C.14, la technique, toutes proportions gardées, peut être d’une aide efficace à la recherche historique.

      Pour être crédible, la méthode s’inspire de la statistique, du sondage. Elle est complétée par des comparaisons sur logiciels adaptés et leurs systèmes de tri. Pour cela, un minimum  de 500 sites devait être visité, de façon la plus exhaustive possible, sur une zone définie, choisie arbitrairement. En effet, il semble que le phénomène s’étende sur une vaste partie de notre territoire et bien au-delà de la zone délimitée, toutefois, à chaque fois que possible  des relevés " hors zone " sont effectués mais non comptabilisés  afin de démontrer qu’une  partie, au moins, des hypothèses émises en conclusion seraient applicables hors de la zone étudiée.

       Remarque :

            Si plus de 500 sites ont bien été visités, ( Restent  cent à deux cents à voir sur plusieurs  parties de la zone, en particulier dans les cantons de Vernon, Gaillon et Louviers, le département semblant particulièrement riche en écritures et dessins lapidaires )  cette zone pouvant, bien entendu, être élargie au moins aux cantons du Neubourg, Amfreville, Beaumont, mais aussi  aux cantons des Andelys avec le site de Vatteville, le canton de Quillebeuf et dans la partie au sud de Chartres  pour le département de l’Eure et Loir.

    La technique utilisée : un relevé systématique accompagné de dessins, de photographies pour les tracés les plus représentatifs, le moulage n'a pas été retenu : trop de dessins sont surchargés et la technique trop lourde pour de petits signes ( le moulage est utilisé par un certain nombre de collectionneurs et de musées ).

       L’ensemble des informations est ensuite traité, codé, reporté et redevint par informatique permettant : tri, synthèse et comparaison par thèmes.

          LA ZONE :

      Elle s'y étend sur trois départements : 27, 28, 78 : Un axe ( Nord, sud ) a paru déterminant : la rivière EURE et de part et d'autre de son cours sur 30 à 40 km à l'Est et à l'Ouest. De tous temps les vallées de cette rivière et de ses affluents  ont été le théâtre d’événements historiques  de première importance.  D’autre part, des comparaisons utiles peuvent être effectuées sur trois régions d’influences différentes : la Normandie, l’Ile de France, la région centre avec la Beauce et le Perche.

         Dans le département de l'Eure ont été particulièrement étudiés  les cantons d’Evreux est, Ouest et sud, Pacy / Eure, St André de l’Eure, Damville, Nonancourt, Verneuil / Avre, Breteuil.

       Dans le département  de l’Eure et Loir ont été visités les cantons et les alentours  des villes d’Anet, Dreux, Brezolles Chateauneuf en Thymerais, Maintenon, Chartres Nord.

          LES SITES :

     En milieu rural ce sont principalement les murs d’église, les seuls monuments anciens restant visibles dans la majorité de nos villages, les murs de châteaux, d’abbayes, de fermes anciennes et de quelques habitations particulières. En ville : les cathédrales, collégiales, églises, habitations, etc. Il faut garder à l’esprit que certains de ces sites disparus à ce jour ont pu servir de support ; maisons rurales,  granges, etc.  ou dont les enduits ont été refaits.

          L’EPOQUE :

        La plus ancienne date relevée : 1428, les plus récentes : 1920 environ.

     L'apogée du phénomène : 1770, l’essentiel des tracés est contemporain du 18e siècle et plus particulièrement dans sa première moitié,  c'est, dire que la révolution française n’expliquerait pas à elle seule le déclin, a moins que l'évolution culturelle déjà sensible dans la bourgeoisie et les milieux littéraires ne se traduise également sur ce mode d’expression.

            A noter, les dates du calendrier révolutionnaire sont quasiment inexistantes, une seule fois, d’une façon certaine, a été relevé " AN 5 "  sur l’église de  REUILLY. Les autres dates de cette époque sont inscrites de manière classique.     


                   

     La courbe ( fig. 1) exprimée en pourcentage met en évidence les évolutions de la quantité des tracés à travers le temps, les diverses fractures de l'histoire, les passages d’un règne à l’autre, guerres, batailles, luttes, affrontements autour de cette " marche " ( frontière ) naturelle qu’est l’Eure entre la France et la Normandie ne semblent pas en altérer la forme.    

     Elle peut être considérée comme assez rigoureuse à partir du 17e siècle ( les tracés relevés sont assez fiables ), dans sa partie antérieure, elle est à moduler par une certaine estimation en quantité de dates  et  par des dates plus anciennes encore.

     En effet, pour l’établissement de cette courbe, n’ont été pris en considération que les tracés clairement exploitables. Un grand nombre de traces sont encore visibles, en particulier sur les soubassements, si elles ne sont pas clairement lisibles, leur présence sur la pierre malade, usée, attaquée par les mousses, les lichens, laisse à penser que leur origine peut être repoussée à la fin du 13e siècle pour les monuments les plus anciens de nos régions et dès leur construction pour les édifices plus récents. Bien sûr, une part de leur disparition doit être attribuée : aux travaux nécessaires aux cours des temps  jusqu’aux ravalements récents.

      La datation est assez aisée, dessins, noms, textes sont fréquemment  accompagnés de dates,  les " polices " utilisées sont clairement et historiquement identifiables.

De plus les époques de construction et de travaux sont assez bien connus, également, et malheureusement ce qui altère la pierre, maladie,  pollution, permet de faire le tri de ce  qui est plus ou moins récent, surtout vers la fin de la période considérée. Si les petits cœurs traversés d'une flèche peuvent paraître sympathiques, certains  " tracés  "  doivent  être assimilés à de la dégradation gratuite.

             DES ARCHIVES DE PLEIN VENT :

     Tout ce que nous trouvons de tracé sur les murs peut être classé de la façon suivante :

              GLYPTOGRAPHIE :

     C'est le nom générique de l'étude  de la gravure sur pierre. Sur les monuments considérés, nous le diviserons en plusieurs sous catégories :

     La " GNOMONIQUE " : Les cadrans solaires  sont très nombreux dans cette région  réputée plus pour ses parapluies que pour ses ombrelles. ( 350 dans l’Eure, 150 environ en E & L : à titre de comparaison, le département qui en possède le plus : 500 pour les Alpes de haute Provence  ) Sans en tirer de conclusion il est curieux de constater  que les zones riches en cadrans solaires le sont également en graffiti et que si l’on prend  l’exemple des deux départements considérés E et E & L, la proportion reste sensiblement identique, même remarque en ce qui concerne les " vrais " cadrans et les " pseudos ".

     L'  " EPIGRAPHIE " : Inscriptions en "clair", directement sur le mur ou sur une plaque rapportée, se composant elle-même :

      Outre les plaques commémoratives, les ex-voto, les pierres tombales, etc.

     Des inscriptions de tâcheron : comprenant  ; soit les noms des ouvriers ayant participé aux travaux, soit les noms des donneurs d’ordre, du bienfaiteur, etc. et des marques dites  "de tâcheron " proprement dites, permettant  d’identifier le travail de chacun afin d’établir une comptabilité cohérente. Elles peuvent être situées à tous les endroits d’un bâtiment, même apparemment inaccessibles, en effet, elles ont pu être effectuées au sol avant leur mise en place.

     LES  " GRAFFITI " : épigraphie sauvage  qui donne  forme à ce mode d'expression populaire.     

   L’ensemble formant une source d’information : "des archives de plein vent ", puisque l'essentiel de ce qu’on peut lire se trouve à l’extérieur de monuments anciens.

    Il faudra encore faire une distinction :  le message de mémoire, de nostalgie ; la référence au passé et  le message vers l’espoir, le futur.

      A noter que pour des raisons pratiques, les tracés dans les figures présentés ci après, ne tiennent pas compte des échelles. Par exemple, les plus petites croix font deux à trois centimètres de haut, les plus grandes, environ ; quatre-vingts.

        De même, certaines écritures ne dépassent pas le centimètre de haut, les plus grandes initiales peuvent atteindre, trente centimètres.

            Dans certains cas, la classification entre épigraphie et graffiti est délicate, si les artisans sont d’excellents ouvriers, ils ne sont pas tous tailleurs de pierre ou graveurs.

( Voir l’exemple à St Sébastien de Morsent )

              LES SUPPORTS :

     La possibilité de faire un quelconque  tracé  sauvage dépend directement du support, l’outil utilisé étant probablement un objet métallique, clou, petit canif que chacun avait dans sa poche. Tous les tracés sont à hauteur d’homme et le graffiteur a été rebuté  par la nature de la dureté  de certaines pierres. Vers le Nord, la NORMANDIE proche du VEXIN, le calcaire est friable. Vers l'Est, la basse NORMANDIE  le silex est utilisé comme appareillage. Vers l’Ile de France, ce sont des grès  résistants qui servent de matériau de base et vers le PERCHE, des grisons ( poudingue ). Il reste la pierre calcaire insuffisante dans la région, souvent  importée, mais qui a été utilisée  pour les  soubassements, les contreforts,  les fenêtres, les portails  et ce qui était destiné à être sculpté, travaillé ; le liant  pour l’appareillage étant le mortier de chaux et la bauge. Quelques tracés ont été retrouvés  sur les enduits restants, malheureusement  ces enduits d’origine ont pratiquement disparu, seuls quelques  pans, dans des endroits peu exposés aux intempéries  sont restés en place. Les litres ( Bandeau peint ou non ceinturant l’église ), elles aussi, à la chaux ont subi les outrages des temps,  Elles sont situées  à une hauteur hors de portée des graffiteurs et ne comportent aucune trace. Très, très peu de sites ont des signes ou des noms, à l’intérieur des églises, notons : HOUDAN  dans le 78 dont les écrits ont été faits au charbon de bois  sur l'enduit, CHARTRES et quelques autres en région parisienne. Les autres écrits pouvant se trouver en intérieur  sont  les marques de tâcheron ou relèvent de l'épigraphie, il faut noter aussi, malgré tout, qu’ils peuvent être tracés sur les annexes, les escaliers des clochers, les sacristies. Remarque : les enduits  de la fin du XIXe siècle faits à l’intérieur des églises  peuvent dissimuler  des tracés comme ils dissimulent si bien de belles fresques du moyen âge.

                                                                                                                                                                                    QUELQUES CHIFFRES :

     Plus de 30%  des sites visités possèdent  au moins quelques graffiti.

     20 % de ces sites ont des signatures accompagnées ou non : de prénoms, de dates ou d’initiales, soit 7000 à 10000 si l'on considère les tracés visibles  mais non exploitables.

    Le signe le plus représenté : la croix ; simple, sur le calvaire ou spécifique ( croix dont le graphisme ne se retrouve que sur un édifice ou très personnalisée par le graffiteur )

    22 % de croix simples  ou de base ; ( voir fig. 2 )

    48 % de croix spécifiques ; ( voir fig. 3 )

    30 % n’ont pas de croix mais des signes  ou symboles spécifiques.

    60 % ont des dessins ou des signes  particuliers.

    Sur l’église d’ANET  plus de 100 noms sont identifiables.


                        

             LES  NOMS OU INITIALES :

    On est frappé par le nombre des noms  marqués, il est remarquable, par comparaison avec les registres d'état civil des époques correspondantes ; que si peu de gens savent écrire, quelques-uns uns savent au moins écrire leur nom ( ils l'ont appris souvent par cœur )de manière très mal assurée, les majuscules se mêlent  aux minuscules, des lettres sont inversées, manquantes. Sans être graphologue, on peut affirmer, qu'ils sont tous de main différente.

    Les caractères d’imprimerie sont employés dans la majorité des cas. Toutes ces caractéristiques se retrouvent  sur les murs, les écritures cursives et gothiques sont aussi employées, les lettres capitales  sont souvent pattées ( Héraldique : dont les branches se terminent par un élargissement ), les A  avec la barre horizontale en forme de V. Les N inversés. ( NOTA : dans les exemples donnés en fig. 4, des polices approchantes ont été utilisées. )


                  

       A la suite  de la comparaison globale, une des hypothèses émises à ce sujet ne tient plus :

    Les  fossoyeurs au cours des temps pour faire de la place, relèvent  les morts. Ils auraient reporté les noms  des défunts sur les murs des églises? La relève se fait dans une même partie du cimetière et dans ce cas, les inscriptions seraient relativement groupées  et d’une écriture  commune, au lieu de cela, les écritures sont disséminées et de tailles disproportionnées. De plus, certaines tombes sont toujours en place pour ce qui concerne le début du  XXe siècle.

    Pour une part minimum de ces noms il n’y a pas de mystère : les marquages de tâcheron ; ils sont assez facilement identifiables, souvent placés  hors de portée d’un homme dépourvu d’échelle ou d’échafaudage, bien calligraphiés  et faisant partie d’un texte se référant à leurs travaux.

    Exemple : sur l’église de St SEBASTIEN de MORSENT ; une inscription émouvante par la maladresse de son tracé mais bien nette, nous informe : " LORME du simetiere planTe en 1745  par IEAN  GROSSEJAMBE et IEAN LAGLOIS  " 

   Autre exemple : sur la façade de l’église de CORNEUIL dans l’Eure, un texte a été reproduit à quatre reprises  et chaque fois sur plus de  deux mètres de long, on peut trouver  cela assez touchant surtout que le graffiteur s'est  installé dans la peau du chroniqueur.

    " LE IO FEVRER 1770 TONEREA TOMBESVR LE CLOCHE SV PICE DU PVIS "

    " LE CLOCHE A E E REFAI AN1778 PAR PIER DE BEC CHARPANTIER DE LA PAR DE

       MARCILLY SV ZVKR " ( MARCILLY SUR EURE )

Vérification faite, sur les registres de la dite paroisse, en 1755  un Pierre DOLBEC charpentier de son état  a bien déclaré la naissance d’un de ses fils, seul le parrain a signé

    Une magnifique inscription de part et d’autre d’une fenêtre de l’église de CRETON

nous fait savoir la date d’importants travaux :

" FVT REFAICTE : CETTE : EGTE  LAN  cqct  CCCCC EST XII "

Que l’on peut traduire par : fut refaite cet été, en l’an 1512.

Souvent sont mentionnés les donneurs d’ordre, les bienfaiteurs, les " GAGERS " ( les gagers étant les responsables nommés par le conseil de fabrique afin de suivre l’avancement des travaux  et de les rémunérer ).

            Toutefois, à ROMAN, de tout temps  les édiles, mécènes, et même le curé, ont été fiers de faire connaître les économies réalisées, leur bonté leur efficacité pour que leur église soit digne de ses paroissiens :

                        Ainsi, pouvons nous relever  les épigraphies suivantes :

              CE PAVAGE EST FAIT DES PIERRES FUNEBRES QUE LES FAMILLES ONT BIEN VOULU ABANDONNER A LA COMMUNE   ...... MAIRE 1877  ( sic ! )

                 CE TERRAIN A ETE VENDU 5 fr A LA COMMUNE DE ROMAN  PAR Mr L.....

( resic ! )         ADMAJOREM GLORIM DEI  AEDIACAVIT HIC PAR MOI RECTOR  1756

     Mais revenons au sujet, les autres noms, qui sont-ils? Prenons  pour exemple le site présentant le plus de noms, l’église d’ANET :

Une bonne partie des noms relevés, même au 18e siècle, sont de familles résidant encore, soit dans la commune, soit dans les villages alentours, donc pas des pèlerins de passage ou alors qui seraient sur le départ, de plus la moitié environ sont bien sur les registres  d'état civil, seulement, les dates  inscrites à proximité et de la même main ne correspondent ni à leur naissance, ni a un mariage, ni a leur décès! Autre fait encore bien plus troublant, sur la centaine de noms la moitié est accompagnée de prénoms  masculins à l’exception d’un seul " LEONIE ". Vérification a été faite  pour les autres paroisses, un seul autre prénom féminin a été repéré deux fois : MARIE  et encore faut-il  noter qu’a cette époque ce prénom  pouvait être donné à un enfant de sexe masculin.

    A  noter : la société de ces périodes  est essentiellement phallocratique, et seul le sexe masculin  aurait osé s'exprimer de cette façon!

     Alors !  Faudrait-il émettre de  nouvelles hypothèses? Tous ces tracés sont situés :

 A l’exception de très rares cas sur : une habitation particulière ( qui était le logis de compagnons  " une cayenne " ), un pigeonnier construit à moins de cinquante mètres d’une église, murs de château, a 99%, sur des monuments a caractère religieux ou sur une dépendance.

L’examen des signes proches d’une part et des registres d’état civil correspondants d’autre part,  peut permettre une ébauche d’explication  : puisque la majorité de ces personnes sont de sexe masculin, que leur date  de naissance, vérifiée leur donne un âge dans la fourchette de 18 à 30 ans, et que très souvent sont tracés  à proximité, des pointillés de façon bien organisés et des barres verticales faisant penser à des  comptages, ils pourraient bien être de futurs " déplacés " : des compagnons, des pèlerins en partance ? Possible, mais aussi des conscrits ou de futurs enrôlés devant un avenir plus qu’incertain et les comptages pourraient avoir été effectués par ceux ou celles qui attendent le retour d’un fils ou d'un promis.

     Dans ce cas ces signatures seraient des messages  d’espérance et d’esprit votif. Espoir de voir  la réussite : du vœu au retour du pèlerinage, du projet d ' être confirmé dans son métier, d’être de retour au pays après  quelques années de vie militaire plus ou moins forcée. 

             LES  SIGNES :

    De loin, les tracés les plus nombreux : ils sont placés ; principalement au sud, et près du portail. 60% Côté sud ; 20% à gauche et à droite du portail principal à l’Ouest, le reste étant réparti, sur l’abside, à l’Est et au Nord, côté de la "porte des morts".

    Le sud, dans l'église symbolise plus l’espoir, l’ouverture, le dieu rayonnant.

    Le côté du portail ; l'entrée du temple donne plus de force au message.

   La croix sur le calvaire ou triangle de la sainte trinité ( Au nom du père, du fils et du saint esprit, comme en ponctuation d’une prière  ) est le signe le plus représenté, elle sert aussi de base a l’élaboration de croix de plus en plus complexes, personnalisées. Les personnes ne sachant pas écrire et lorsque cela est nécessaire, signaient d’une simple croix, certains pouvaient souhaiter rester anonymes, et enfin elle peut être utilisée aussi bien par les hommes que par les femmes.

           DES CROIX :

    Nous trouvons donc : des croix simples, des croix sur le triangle de la sainte trinité, pattées, renforcées par des trous, uniquement constituées de pointillés, triangulées, inversées ou non, accompagnées du monogramme ou de l’IHS du CHRIST, avec des  cercles, des bases de calvaire élaborées etc.. Seule l’imagination et sa connaissance de la symbolique fixe une limite au graffiteur lambda. Chacun de ces types de croix peut faire l’objet  d’une étude de décryptage particulière. Il semblerait que les auteurs de ces croix spécifiques aient souhaité que leur croix soit la seule, l’unique bien personnelle. Ces croix sont tellement personnalisées que malgré l’étendue de la zone étudiée aucune n’est rigoureusement identique à d'autres.

(Voir fig. 5 )  Sur plusieurs milliers de représentations, ces croix spécifiques se comptent par centaines soit pratiquement 30% de l’ensemble.

Les dimensions de ces croix allant de 2 cm à 70, 80 pour les plus grandes.

  De nos jours, un témoignage est d’une importance capitale ; dans une tuilerie limitrophe  des deux départements de l’Eure et de l’E & L  la porte du four de cuisson  des pièces en terre, après avoir été scellée d'une sorte de glaise est marquée d’une telle croix, pour demander la protection  du CHRIST et donc la réussite de la cuisson. Cette référence laisse à penser que les autres marques de ce type sont-elles aussi votives.


            

Outre  les croix d’autres symboles sont utilisés : signes astraux, sceau de Salomon, croix templière, étoile de DAVID etc.

            DES POINTILLES :

   Ils sont toujours " organisés ", petits trous faits avec un instrument acéré, un, deux, trois, marqués profondément, en carré, hexagone en cercle, en croix, et surtout ; en amas, en lignes  etc. ( voir fig. 6 )


                

            DES RÉTICULES :

  Moins nombreux mais souvent représentés, la signification n’apparaît pas d’évidence : ce sont des ensembles rectangulaires toujours inclinés, des sortes de grilles, pourrait-on assimiler ces pointillés et ces réticulés à des comptages, tracés verticaux barrés ou non  et dans cette hypothèse,  seraient-ils des sortes de calendriers ( voir fig. 7 )


               

            DES ÉCHELLES :

  Dans la symbolique, l’échelle a des significations bien précises : rapports entre " CIEL et TERRE ", ascension, valorisation. Elle n’est jamais associée à la croix, donc, elle ne fait jamais référence à la descente de croix, cette fois, il est difficile d’écarter  l’hypothèse que ce sont bien des signes votifs. ( voir fig. 8 )

             DES CUPULES :

   Sur les contreforts, leurs bases, il a souvent été constaté  des marques profondes. " Les  fossoyeurs ou autres ouvriers, y auraient affûté leurs outils. Or ces marques sont toujours verticales, au sud, bien regroupées, et surtout, elles forment, dans la moitié des cas, la barre verticale d’une croix ou font partie intégrante d’un ensemble ( les deux montants d’une  échelle par exemple ).

    Si la symbolique féminine peut paraître évidente elle en est sûrement discutable, et  s’il s’agit d’une demande, elle a été itérée et réitérée par une même personne devant l’insuccès  voir par d’autres  si le succès a été assuré!  ( voir fig. 9 )


                                   

   Symboles de l'éternité,  des cycles, du recommencement, de la perfection : on les retrouve seuls ou associés, encore une fois, une symbolique inspirée par l’espoir.

( voir fig. 10 )

DES ETOILES, DES SIGNES ASTRAUX :

    A la base d' hexagrammes et pentagrammes, les étoiles  à cinq ou six branches, sur nos églises la référence serait-elle judaïque? Maçonnique? Alchimiste? Plus sûrement relative à la lumière céleste. ( voir fg 11)


                      

   Outre la référence au soleil par le biais  de représentations de : roues, cercles, pseudo-cadrans solaires etc. L’EVOCATION des principaux  astres est aussi relevée.

Le soleil, le temps sous la forme d’un astre qui fuit, la terre, Vénus ( le matin ), la lune. 

( La nuit ), Jupiter, les rayons du soleil ( le jour ), Mercure.


                   

             DES SIGNES ÉSOTÉRIQUES :

   Si, dans la zone étudiée nous ne sommes pas en face de grands centres initiatiques comme à CHINON ou  dans les souterrains de PROVINS quelques sites ont de telles marques tout à fait identifiables ; hors de celle-ci  dans les Charentes, en Bretagne plusieurs sites  ont des signes présentant des " formules  alchimistes ". Cinq ou six  sites au moins, suivant l’interprétation toujours possible, ont de tels signes et plus particulièrement les églises de  ROUVRES dont le " chiffrage peut être interprété par : le feu incinère la matière " et de MONTREUIL en E & L qui présente quelques " formules " ; Signalons toute fois quelques marques assimilables à CHAVIGNY BAILLEUL, MOUETTES, les étranges cryptogrammes de MENILLES ( Voir fig. .13 ).

        


 " Mur du château de MENILLES "    

     Certains autres signes sont équivoques, ils peuvent avoir une signification multiple et puiser leur expression parmi diverses sensibilités : les religions chrétiennes, judaïques, la maçonnerie, l’alchimie, le compagnonnage, etc. ( Voir fig. 14 )

La croix et la terre, la croix et le soleil comptage avec initiale ou l’air alchimique ou encore chiffre de compagnonnage, la perfection ou symbole céleste étoile de DAVID ou sceau de SALOMON  ou la fusion air, eau, feu, terre et  enfin croix ou chandelier judaïque? Etc.


            

            UN CAS PARTICULIER :

         L’EGLISE N.D DE PREY

            Sommes-nous en présence d’un mystère? S’il y en a un, ce n’est pas par les représentations habituelles de croix diverses, de cupules, de pointillés, de comptages, etc. Mais, la quantité peu courante de pseudo-cadrans, d’échelles et surtout  d’une multitude de clefs ! Seules, deux  églises  sur les plus de 500 visitées, proposent  un tel thème L’EGLISE de TILLIERES, une seule représentation et celle de PREY de plus une de ces clefs est associée à une serrure, beaucoup sont proches d’une échelle, et enfin un signe de Vénus est dessiné Nous avons la clef mais pas le mystère!

            Rien ne permet de penser de manière certaine que ce signe soit la référence à

St PIERRE, Précisons que dans les ouvrages spécialisés, la clef est un symbole de premier ordre : c'est le pouvoir, l'accès à l'ouverture de l’esprit, à la connaissance mais aussi, inversement, à la fermeture, au  secret ; en alchimie, coaguler, dissoudre, et enfin c’est  un symbole sexué, sur ces mêmes murs sont associés le dessin d’une clef et d’une serrure    le signe de Vénus est représenté. ( fig. 15 )


               

            DES TRIPLES ENCEINTES, DES MONOGRAMMES  

   Si certains de ces signes pourraient faire penser à des "jeux " ( voir fig. 16 ), Ils ont probablement une signification autre, le plus fréquent ressemble au drapeau britannique, il fait penser à un chrisme encadré ( CHRIST vivant ) (signe que l'on retrouve également de l'écu armorial d’Henri IV ), un autre est assimilable à un mélange de croix et du monogramme de la vierge, un dernier,   est appelé dans  certains ouvrages labyrinthe ou jeu de marelle  : Il est plus certain qu’il s'agit de la triple enceinte décrite dans de nombreux ouvrages spécialisés. Elle symbolise la JÉRUSALEM céleste : ( dans les figures géométriques, le carré représente la terre.) Trois carrés inscrits les uns dans les autres avec un foyer unique figurent ; les trois mondes : terrestre, le firmament, et divin. Cette triple enceinte, se retrouve, sous une autre forme dans la croix celtique, la représentation du yin et du yang ( principes taoïstes chinois ). Ces dessins sont représentés dans une bonne vingtaine de communes, entre autres : ACON, CORNEUIL, La BONNEVILLE, DAMVILLE, MOISVILLE  etc.

  Les monogrammes du CHRIST  ou  chrismes, peu utilisés dans la région sont employés en association pour accentuer la valeur d’une croix : IHS  ( IHESUS ), ainsi que le A et le M entremêlés  de l' AVE MARIA ( fig. 17 ). Ce dernier signe se retrouve régulièrement  sur les charpentes des constructions, des maisons comme demande de protection pour l'ouvrage.


                             

                                     

            LES DESSINS :

     Des dessins à forte symbolique sont représentés dans une très grande majorité de sites.

   Pseudo-cadrans, potences, personnages, animaux, outils, armes ou clefs, jeux ou monogrammes, églises, écus, navires, association des uns avec les autres, etc.

    Le dessin, suivant le lieu ou il est tracé peut exprimer  soit un vœu ou un désir, soit la nostalgie, le rappel a ce dont on est séparé. Dans une geôle, le prisonnier dessine ce qui a été cher a son passé, un navire, une femme, sa maison, fleurs, textes, tout ce qui l'aide à fixer son attention, sa mémoire. Le marin de retour au pays dessine sur les murs de la ferme les navires qu'il a rencontrés sur ses routes ( ces navires sont nombreux en vallée de Seine, du Rhône, du côté de La Rochelle ...) Il peut en être de même sur les murs des églises, toutefois le type même du dessin, sa symbolique, le lieu géographique du village font penser à la formulation de vœux, de demande de protection directe de ce qui est représenté.

   Un certain nombre de graffiti seraient à ordonner dans les signes ou symboles, mais leur graphisme plus réaliste nous ramène plus vers le dessin, nous retrouvons  des séries classables, parmi lesquelles :

   DES PSEUDO-CADRANS SOLAIRES :

Ils ne sont pas rares, si certains sont peut-être des cadrans de chantier, ce type de cadran  est tracé sommairement par le chef de chantier pour que chacun respecte le temps de travail, c’est l'ancêtre de la "pointeuse" et s’il est souvent tracé à main levée il est bien placé et assez juste. Par contre la multitude des autres ne risque pas de donner une quelconque indication de l'heure à moins d’un miracle! Ils seraient donc là symboliquement  pour marquer une attente ou la réminiscence d’un culte païen? ( voir fig. 18 )

ACON, CONDE/ITON, CRETON, JUMELLE, Les VENTES .....


 

   DES OUTILS OU ARMES :

      Tous les outils sont des pics ou pioches, marteaux, les armes, des couteaux, des

épées  ; que des outils emmanchés dont la forme rappelle celle de la croix

GUICHAINVILLE, MARCILLY / E.

  DES ÉGLISES :

    Elles sont souvent associées à une échelle, celle qui monte au clocher, une croix sert de base au dessin du pignon, s’il s'agit de vœux, elles renforceraient le désir d'élévation, le vœu lui-même. ( voir fig. 20  ) 


                

  DES ÉCUS :

 Ils remplacent l’écriture du nom. Ils peuvent être l’œuvre de quelque cadet,  préférant laisser son sceau ou alors ne sachant pas écrire

ABONDANT, Le FRESNE, TILLIERES/A, VERT en Drouais, BUREY.  


                     

 DES ANIMAUX :

Ce sont des cervidés, équidés, bovins,  poissons et serpents!

Quelques caducées stylisés sont représentés.

Le cerf : symbolise la fécondité, l’arbre de vie.

Le cheval : les ténèbres, les pouvoirs magiques, mais il faut dire aussi que leurs propriétaires peuvent avoir imploré la protection divine de l'animal utile à leur travail.

Le veau : la richesse. (voir fig. 22)

Ces dessins peuvent aussi être utilisés pour remplacer un nom, un sobriquet.


                   

  DES POISSONS :

Un des symboles de JÉSUS est le poisson ; ICHTUS  en grec et sert d’idéogramme aux chrétiens, mais ces poissons ont été relevés sur des sites proches de la rivière et un pêcheur a bien pu espérer quelque "pêche miraculeuse", des professionnels exerçaient dans ces villages.

  DES FLEURS :

    Les fleurs, le rameau d’olivier, le lys : très peu représentés : symbolisent bien sûr le message de la paix, la sérénité, la pureté, la royauté, l’espoir. ( fig. 23 )


                    

  DES BATEAUX :

  L’Eure a été navigable jusqu’à l’avènement du train, des denrées destinées aux chalands parisiens : céréales, légumes et vin jusqu'à l’attaque de phylloxéra, dans ces conditions, il est normal de retrouver les dessins de petites gabares.

On en retrouve ainsi  a, SOREL, MARCILLY/E, HELLENVILLIERS, POSES près de Pont de l’Arche ou devait s’effectuer un transfert sur des embarcations plus grandes. (voir fig. 24 )

Ce qu’on pourrait prendre pour des sabords, sont les cloutages des bardages et le gréement n’était pas destiné à recevoir des voiles mais à  accrocher la corde de halage.

      De très beaux navires de guerre, identiques  à ceux  représentés  à BROUAGE

 ( Charente )  et en vallée de Seine sont gravés dans l’escalier du beffroi de  DREUX.

Ce sont des trois mâts  bien gréés, bien exécutés par des marins de passage forcé ou non ;

Prisonniers, soldats d’escorte?


                        

   DES PERSONNAGES :

   Les personnages représentés présentent presque tous leur côté gauche, de pied, en buste ou juste de visage ; quelques-uns uns ont la barbichette  et sont revêtus d'une capeline

( Faisant penser à RICHELIEU ! ). La caricature peut être poussée à l’extrême : un cercle, deux trous pour les yeux, une barre pour le nez ; dans deux cas des croix personnalisées  font penser à la " fraise " ( Accessoire vestimentaire porté avec la soutane de l’époque ).

    " Le diable et le bon dieu " sont dessinés l'un à côté de l'autre sur l’église de La Bonneville ! Ce sont les seules évocations du démon avec un serpent gravé près d’une croix sur l’église d’ANET.

     Et enfin  des petits personnages, tracés derrière des contreforts vers les côtés Nord, font penser à des bébés emmaillotés, curieusement, ils semblent sexués par l’ajout de petites " fesses " ou de petits seins. ( voir fig. 25 )


                                              

  DES DESSINS INCLASSABLES :

    Des dessins apparemment achevés, surtout à base de figures géométriques bien définies mais non figuratives forment des sortes de rébus, de formules.

        Il faut noter toutefois que les sociétés de compagnonnage, des groupes occultes et autres cercles franc-maçonniques etc. se sont servis d’alphabets secrets chiffrés.

   LES PETITS TEXTES :

 Ce sont de petites chroniques qui n'ont d’autre but que d’afficher un certain savoir, de fixer un événement dommageable, ils sont toujours émouvants, Citons quelques exemples :

   Sur l'église de ROUVRES déjà nommée ; un érudit a été heureux de faire partager son savoir ; " En 100 ans il y a 87600O heures " le même, un peu plus loin ; " En 1755 ....( le froment a la fin de juillet. valait 70  ll  (livres ) le settier ."

 A St Sébastien de Morsent au sujet de l'orme du cimetière, ROMAN, CORNEUIL etc.

  A Bailleau  l’Evêque ( 28 ) " Le coq a 33,50 du sol "

  A Vernon  ( 27 ) deux textes sont tracés sur les contreforts  dont celui-ci :

" L 'an mil six cens cinquante a fait degatz   les poissons   la seine   brisant le pont O triste bruit et etendit ici son  domaine "

  A Cherizy (28 )  un texte partiellement effacé : " EN   AN   DE FEBVRIER MVLVII DE FANS TVBA LE CLOCHER E AVIRON XI HEVRES DE NUICT "

     CONCLUSION :

   Toute la symbolique utilisée est à double, voire triple sens ; l’interprétation en est, par conséquent,  délicate. Malgré tout : ces signes sont au moins et essentiellement  extraits de la symbolique chrétienne ; l'ésotérisme, la maçonnerie, l’alchimie  usent des mêmes bases et viennent s'y mêler dans une moindre mesure.

  Nous l’avons vu, le phénomène n'a pas été éphémère, ce sont des milliers de gens qui ont fait ces tracés  à des époques ou les événements  historiques, guerres, révolutions, changements de régime politique, de règne ne viennent pas interférer le mouvement, si la courbe démontre un déclin assez rapide, il semble plus correspondre à la diminution de la pratique du christianisme de la fin du 19e siècle, remarquons toutefois qu'il est entamé à l’époque ou la révolution française est en gestation.

           Il semble bien être principalement votif : il y a, alors lieu de constater que le vœu s’exprime à l’extérieur de l'église! Est-il toujours très «catholique» On ne peut écarter certaines demandes difficilement confessables, et que s'il est réalisé " l’EX-VOTO " est fièrement placé à l’intérieur.

    Nous avons observé l’utilisation abondante de la symbolique chrétienne. Elle est d’une richesse qui  parait, de nos jours, exceptionnelle, mais rappelons si nécessaire que si les paroissiens contemporains de ces époques passées avaient une connaissance limitée de l’écriture, ils étaient bien au fait de ce mode d’expression et que le clergé  et les châtelains ont  usé largement de ce type d'imagerie à travers les médias  de l'époque qu’étaient les fresques, sculptures, tableaux etc.. Cette culture ancestrale était largement étalée à l’intérieur des édifices religieux et sur les façades des demeures de la noblesse.

   D’autre part il est à noter que si phénomène il y a eu, il est essentiellement rural ; très peu de traces à PARIS  ; et CHARTRES, aucune sur les divers édifices d’EVREUX, MANTES. Il semble plus important vers la NORMANDIE, plus faible dès que l'on approche de la région parisienne. L’étude n'est pas close, les observations en lieu privé sont rarement possibles, l'accès a l'intérieur des lieux de culte ne se fait, justement, qu’après accord préalable, l'accumulation des informations ne pourra qu’aider à l’infirmation ou l’affirmation  des hypothèses émises.

    Si un souhait peut être exprimé, c'est celui d’attirer l’attention des historiens locaux  des élus, des curieux, afin que ce modeste patrimoine issu de la population historiquement anonyme soit un peu préservé et révélé. Si quelques réactions sont suscitées et, que de nouvelles "pierres" sont amenées à l’édifice nous serons particulièrement heureux d’enrichir notre connaissance et de la faire partager.

                                                                                                             M . L


                                      

Un des navires à trois mâts de l’escalier du beffroi de DREUX.

Ces navires sont datés de 1668, battent pavillon : Espagnol, Hollandais et Turc 

Note :  Depuis l’édition de cette étude, 450 cadrans solaires ont été répertoriés dans l’Eure,

            Environ 200 dans l’E&L.

            Les sites référencés pour les « graffiti » : 700 environ, étude non terminée.